DONNER

10/10/2018

Parfum de souffrance, tu es le souffre douleur du verbe aimer. Tu es né de la consécration, pleine et entière, de l'abnégation totale, tu es le fruit de l'Amour Suprême,  cette fleur qui se donne sans compter, son heure étant à l'aiguille de la montre ce que le temps est au passé.

 Donner aujourd'hui c'est l'ingratitude de demain,  c'est hier à l'imparfait , la mémoire ne calcule plus, elle préfère noyer l'offrande au profit du service réclamation.

Donner de toi, de moi, de nous, donner toujours plus , toujours et encore, dans l'espoir de réveiller l'amour,  espérance renouvelée chaque matin, pleurée chaque soir en silence dans la chambre, le voile déchiré ne suffit plus, il faut aller au trône de la grâce, puiser force et renouvellement, le monde se déchaîne dans sa turpitude de folie morbide, tu es là au milieu, caché aux yeux des hommes, sacrifiant tout jusqu'au plus profond de ton être, tout pour voir éclore le cœur d'un diamant , la vie dans l'être humain.

Donner, solitaire, tu avances, porté par une joie qui surpasse celle de recevoir, tu actes l'amour par l'ouvrage de tes mains, tu chantes l'amour au quotidien, là où se construit la haine tu y opposes le don, celui de donner envers et contre tout, sans calcul, sans attendre, donner tout et encore, toujours et à jamais.

Tu avais tout, tu t'es dépouillé, jusqu'à cette tunique qui faisait de toi un homme respectable, reconnu, méprisé certes parce que donner tu dérangeais, on ne donne pas dans cette société , on prend son dû, donner provoque la haine, la jalousie, renvoie au trou béant de nos imperfections, de nos calculs sordides, du "moi je" alors que toi tu chantes "toi d'abord".

Donner, à chaque heure de ta vie, comme ce pinceau de cet artiste  qui courre sur la toile, chef d'oeuvre en péril, noyé dans la beauté du matin, confronté à l'aveuglement inculte de yeux éteints cherchant la lumière.

Donner,  réchauffer celui qui a froid, cet inconnu là bas au coin de la rue,  vouloir ne rien attendre en retour,  pleurer de sa misère,  lui donner son pain, un peu de vie, un peu de ta vie.

Donner, enlacer celui qui est en mal d'amour, celui dont les yeux ont tant pleuré de solitude, c'est vivre sa peine, et ne le quitter que lorsque l'éclat des étoiles de la vie a touché son cœur faisant briller son âme à jamais. L'étreinte a de magique ce que l'amour a d'indescriptible.

Donner,  souffrir comme l'autre,  pleurer comme l'autre,  avoir si mal en soi que l'on veut prendre la place de l'autre, c'est vouloir mourir pour lui, pour elle.

Donner, c'est penser pour lui, agir pour elle, chercher ce qu'il aime, ce qu'elle a besoin. Donner , c'est, au réveil, s'imprégner de sa Présence, pour avoir comme seul guide ses yeux, ses pensées, son vouloir et son faire. C'est vibrer au son de l'Amour pour ne faire que donner, encore et toujours, à jamais.

Donner, c'est vivre de cette joie, qui se transmet par transfusion,  plonger nos yeux dans les siens,  chercher la vie au fond de son âme,   tirer  l'eau du puits,  aller là où il est tombé, là où elle s'est brisée,  porter sur son dos  son fardeau pour l'amener à la vie, là où l'éclat du ciel est si bleu qu'il en  devient blanc cristal.

Donner, ne plus savoir compter pour nous, pour soi,  regarder ce qui est à nous comme vanité, pour n'aspirer à ne vouloir que le bonheur de l'autre, de lui, d'elle. Donner ,  aller au delà des limites de l'entendement,  tout laisser , tout donner pour que la vie prenne là où la mort a élu domicile. 

Donner , prier si fort, que la sueur se transforme en écrin vermeil, les gruaux devenant témoins de la lutte intérieur, quand l'ultime choix doit avoir lieu, lui ou moi...ce sera moi. 

Donner , effacement total en amour si profond que l'autre en devient bénéficiaire, successeur d'une vie en pérennité. Donner c'est puiser l'eau de la vie pour désaltérer l'autre, pour essuyer ses larmes, pour nettoyer ses plaies, pour le voir rire, l'entendre chanter, assister à la nouvelle naissance.

Donner , baiser d'amour, baiser de folie qui transmet la vie, efface les ténèbres, soigne les plaies les plus viles, redonne sens à ses os desséchés, ouvre l'horizon d'un jour nouveau, d'un millénaire attendu, là où peines et larmes seront gommées par l'Amour en personne. 

Donner loin du bien-pensant, loin des raisonnements, loin des traditions qui tuent à coup de pourquoi, loin des dogmes qui rendent le ciel encore un plus gris chaque jour.

Donner par-dessus soi, par-dessus tout, donner quand la fatigue et le découragement sonnent à notre porte, donner encore et toujours, encore à jamais.

Donner, tel le semeur, il s'agite , remue ciel et terre, plus que terre que ciel, veille, jalouse son champ, arrose, guette, protège, attend, donne de sa sueur, de son temps, de sa vie. 

Donner, dans le geste majestueux de celui qui ensemence, le van à la main, il repassera , viendra cueillir dans la joie ce qu'il a semé dans les larmes. Donner , croire encore et toujours, encore à jamais, ce qui a été jeté à la face des eaux reviendra en pain de vie, les os rassemblés, reprendront vie, les fruits germeront de l'enfantement de la douleur, Donner aura la victoire, quand déjà au quotidien, donner procure le Shalom d'aimer l'autre, de le lui dire, de le lui montrer.

Donner, encore et toujours, encore, à jamais.